Sénégal, je ne te hais point

J’écris les premiers jets de cet article de mon portable, dans les transports. Un vent fort vient de souffler, et une odeur de ciment a empli non seulement le taxi, mais mon corps avec. Étrangement, ce n’était pas entièrement désagréable. C’était familier. C’était quelque chose qui n’arrivait pas souvent en Angleterre, quelque chose qui me confirmait que j’étais chez moi. J’ai souri.

L’odeur du ciment, pour moi c’est l’odeur de Dakar. L’odeur d’une ville qui se construit.

Mais sur quoi ?

Des bâtiments poussent un peu partout. C’est l’une des choses qui me frappe à chaque retour, l’impression que tout est en construction, d’un point de vue « physique ». Puis je me demande ce qu’il en est des esprits. Ont ils évolué depuis l’année dernière ? Je ne sais pas, les questions se multiplient. Au moment où je vous écris, le taximan se plaint des routes, de Dakar, des embouteillages, des ponts, du gouvernement. Il rumine. Et je le comprends assez. C’est souvent ainsi. Je trouve que discuter avec les taximan est un bon moyen d’en apprendre plus sur les dakarois.

Autour de moi, chaque chose me rappel le travail qu’il y a à faire. Le chauffard que l’on vient de croiser, les déchets qui traînent sur la route, les étales qui occupent les espaces réservés aux piétons, les bâtiments qui ne respectent visiblement pas les règles de construction, les piétons qui traversent une grande route alors qu’il y a un pont à 30 secondes. Le Ndiaga Ndiaye surchargé qui vient de nous dépasser, la voiture en lambeau avec un mouton sur le toit (miskine), les affiches publicitaires pour produits éclaircissants. D’ailleurs il faudra que l’on m’explique pourquoi 50% des affiches publicitaires de Dakar représentent des femmes quasiment blanches.

                                                                   .Bref.

I could go on and on and on. Je croise tout ça, encore et encore. À chaque « voyage » en voiture dans Dakar, toutes ces pensées me traversent l’esprit. On voit ce genre de choses encore plus clairement, après avoir quitté le pays pour une période. On a tendance à s’y faire lorsque l’on y vit, les Talibés se fondent dans le paysage, et l’indiscipline se fond dans la routine. On s’en désole, mais la plus part des gens  » font avec ». Malheureusement.

Chacun se dit qu’il a ses propres soucis à gérer, sa propre famille, ses besoins, son petit travail. Chaque homme a ses priorités, c’est normal. Allez parler de propreté des routes à un homme ou une femme dont la seule préoccupation est de nourrir ses enfants, c’est certes à faire mais ce n’est pas évident.

Ne parlons même pas des élections législatives qui se préparent actuellement, à coup de scandales, d’indiscipline toujours. Ne parlons même pas de ce sentiment de fatigue et de frustration qu’inspire l’administration sénégalaise. Son manque d’efficacité, de sérieux. Vous cherchez le responsable du département X ? Sorry, il a un baptême, il n’est pas venu aujourd’hui. La dame de l’accueil ? Ah désolé, elle commence sa journée à 15h, et là elle est allé acheter un sac à main chez l’assistante du bureau d’à côté, qui a de nouvelles marchandises, venues de Turquie, superbe qualité il parait.

Ce pays peut vous épuiser. Mentalement.

Et pourtant. Et pourtant… je ne le hais point.

Et pourtant je continue de l’aimer du plus profond de mon Âme.

Et pourtant je ne m’imagine pas un seul instant passer mes jours ailleurs qu’ici.

En marchant longuement en centre ville, j’ai entendu plus d’une dizaine de débats, portant sur les élections législatives. Okay, il ne s’agissait pas toujours des discussions de haut niveau….but hey, at least people are talking about it. Et j’ai eu un petit sourire, à chaque fois que j’ai entendu une de ces discussions. Parce que c’est toujours mieux que l’indifférence face aux problèmes politiques.

L’espoir. Espoir que quelque part, tout n’est pas perdu. Espoir qu’ont eu nos parents à notre âge. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui bien plus pessimiste. Mais quelle jeunesse serions nous si nous cessions déjà d’espérer, et de nous battre ?

Nous avons au moins le devoir de nous informer, d’être conscient, et de vouloir prendre des actions. Nous avons le devoir d’imaginer le futur. L’on ne peut nous interdire d’être optimiste, même si c’est malheureusement difficile ces temps ci dans ce pays. On est parfois nous même frappé par un pessimisme difficile à combattre, nous sommes nous mêmes victimes et acteurs du système.

Autant il y a des choses qui me découragent, autant il y a des choses qui me poussent vers l’avant.

Quand chaque jour je vois le nombre de personnes qui font du sport au parc de Hann ou partout dans Dakar, je me dis que quelque part en nous, nous devrions avoir la discipline nécessaire pour accomplir des choses, fixer des objectifs. Il faut simplement la réveiller et l’appliquer aux choses de tous les jours. Je vois des dames de deux fois mon âge courir tous les matins à 7h, certaines en robe, en pagne, en jilbeb. Tout comme je vois des jeunes avoir assez de discipline pour se retrouver tous les jours et éduquer leur corps. Alors je pense que nous pouvons éduquer nos esprits aussi.

Utopie, optimisme, whatever. L’essentiel est qu’il doit toujours y avoir quelque chose en marche, que si quelqu’un perd espoir, un frère prenne la relève et montre l’exemple.

Je ne sais pas ce qu’il en sera demain, mais aujourd’hui la Lumière trouve encore sa place en moi. Je ne peux pas tout aimer de mon pays, je le vois tel qu’il est, avec ses multiples travers, mais aussi ses multiples beautés.

Ces choses qui font que c’est ici et nul part ailleurs. Ces petites choses assez grandes pour ne pas me faire haïr, pour ne pas me faire perdre espoir, pour continuer de nourrir l’Amour qu’il y a en moi.

Je repense parfois à mon départ d’Angleterre. Le taximan a ri en voyant mes 4 valises ( oui 4 héhé, tu peux sortir de l’Afrique mais pas sortir l’Afrique qui est en toi mon gar). Il m’a demandé où j’allais. J’ai instinctivement répondu  » Back Home ». Il a doucement demandé  » And where is home ? » , j’ai répondu en soupirant : « Senegal ». Et je n’avais jamais été aussi heureuse de prononcer ces mots, d’en prendre autant conscience. Et rien ne pourra m’enlever ça.

Sénégal, mon Amour, je ne te hais point.

 

*** Mood du Jour ***

Le message est simple : Nowhere be like home.

 

 

 

 

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Tjrs un plaisir de te lire 🙂
    ET comme toi, j’arrive pas à haïr mon pays. Pourtant ce serait tellement plus simple de passer à autre chose, l’oublier, trouver une autre nationalité, vivre ailleurs et y rester…
    Mais j’y arrive pas. Je ne pourrai aimer un être autre que Sunugaal

    J'aime

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