La Friendzone administrative

Avertissement : Ceci est une fiction  un récit. Toute ressemblance avec des événements ou des situations réelles n’est pas volontaire  un hasard. 

Bismilah.

Alors alors….Tout a commencé lorsque j’ai eu l’audace de demander un visa à l’Ambassade de Grande Bretagne, pour mon année d’échange.

Depuis deux mois, je leur cours après . J’ai enfin eu l’honneur d’être invitée à venir déposer mes documents, et plus si affinité.

Vous savez, un peu comme le gars qui se croyait en friendzone et qui tout d’un coup pense voir un signe qui lui dit le contraire. Il fonce et va déposer ( ou re-déposer, miskine) sa candidature.

J’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé déposer mes documents. Arrivée pile à l’heure, je suis surprise par la vitesse avec laquelle l’on m’accueille.  C’est une dame assez courtoise qui s’occupe de mon dossier, ou du moins qui s’occupe de le scanner pour le transmettre au bureau de Londres.  Après avoir pris mes documents, empruntes et photos, elle m’annonce qu’il faudra revenir dans deux heures, afin de passer une  » interview ». Elle m’explique aussi qu’étant donné que l’espace d’attente ne peut contenir plus de 5 personnes et que d’autres  vont arriver pour leur rendez-vous, il fallait que je sorte et trouve un endroit pour patienter. Sous 34 degrés, je suis donc allée à la recherche d’un endroit où m’assoir, lire, boire.

Mais après la Tabaski, tout le monde n’est pas encore revenu travailler. Les restaurants sont encore fermés, surtout qu’il n’était même pas encore midi. J’ai donc trainé pendant environs 1h30, me retrouvant finalement dans un Tangus ( Hmmm rappelez moi d’écrire sur cette « chose » là un de ces jours…).

Si je vous raconte cela ce n’est pas pour dire  » L’Ambassade m’a fait attendre 2 heures alors que c’était sensé prendre 30 minutes d’après eux, ce n’est pas normal, gniagniagnia ». Si ce n’était que ça…

Le fait est que, c’est un évènement de plus qui a l’air de vous crier  » RESTEZ CHEZ VOUS ».

C’est comme si tout était fait pour vous décourager, pour que vous abandonniez en route, vous finissez par vous dire qu’ils le font exprès.

Près de 1000 euros ( à peu près 660.000 Fcfa) dépensés pour une seule procédure. Non remboursables évidemment. Mais en dehors de l’argent, c’est votre amour propre qui souffre.

Certes, ces procédures peuvent se défendre sur un plan administratif, voir politique, car c’est avant tout l’application de décisions prises plus haut, le résultat d’une manière de voir L’Autre. Mais il y a un moment où ces décisions, ces papiers administratifs rencontrent l’Humain, les sentiments. Avant même d’arriver, l’on vous fait déjà savoir que vous n’êtes pas vraiment bienvenue.

L’on a beau savoir que ce ne sont « que » des procédures, l’on est psychologiquement épuisés. Et pourtant, l’administration française m’en avait déjà fait voir de toutes les couleurs. J’avais littéralement eu à fournir deux classeurs pleins, étant donné que j’entrais en France en tant que mineure.

Confronté à toute cette paperasse, ces entretiens, votre volonté de poursuivre votre chemin est déjà éprouvée. Autour de vous, vous entendez l’histoire du petit cousin de la tante du frère de l’arbre de la cours de votre grand mère, qui apparemment n’a pas obtenu son visa pour telle ou telle raison. Alors vous, vous vous dépêchez d’ajouter cet élément à votre dossier.

Vous nourrissez des espoirs par rapport à votre futur, vos études, vous feriez tous les efforts nécessaires. Et de l’autre côté, vous avez le système administratif, qui vous répond gentiment que c’est à lui de décider si vous méritez de poursuivre vos rêves, ou s’il faudrait les changer. C’est la vie. Et c’est ce que j’aime appeler la « Friendzone administrative ». L’on est refoulé en Zone Tampon, jusqu’au moment de faire nos preuves.

Alors, comment réagir ? Hé bien malgré tout ça, avec le temps, l’on comprend, l’on est obligé de comprendre, que se plaindre ne mène à rien. Oui je suis épuisée, frustrée, fatiguée par toutes ces procédures chaque année. Oui j’étais fatiguée de devoir, pour chaque rendez-vous à la préfecture de Paris, enlever mon foulard afin d’éviter tout amalgame.

Mais c’est ce qui  endurcit.

Je pense que c’est ce qui motive aussi. Ce mur administratif fait ressortir toute la combativité qu’il y a en nous, et nous rappel que nous sommes motivés, peu importe les obstacles qu’il y aura sur le chemin. S’ils ne nous donnent pas le visa ? Tant pis pour eux, l’on réussira quand même. En fait c’est comme tous les obstacles de la vie.

Mon entretien à l’ambassade du Royaume-Uni se faisait par skype, avec une dame de Londres. Autant pendant notre discussion je voulais rester concentrée et avait hâte de finir tout cela, autant je ne pouvais m’empêcher de voir passer derrière elle, dans un bureau, de superbes femmes voilées. Cela m’a rappelé une des raisons pour lesquelles j’ai choisi l’Angleterre : découvrir un cadre différent de celui de la France et juger par moi même. Le mur administratif nous rappelle la réalité du monde. L’on n’a pas le droit de rester passif, et rien ne nous sera servi sur un plateau.

J’espère sortir de la Friendzone, mais sinon, je trouverai quelqu’un d’autre.

Je pense être moins en colère contre le système maintenant, qu’au début de cet article. Je ne l’aime pas pour autant, mais j’aime espérer qu’il ne m’empêchera pas d’avancer. Utopique de se dire que l’on arrivera à s’échapper ? Je n’en sais rien du tout. Mais comment avancer si l’on part battu ?

Et pour me motiver dans ce combat administratif, le petit clip ci-dessous m’accompagne.

La chanson est de Daara-J Family, un groupe connu au Sénégal et qui a depuis longtemps fait ses preuves. Une partie des paroles est en français, l’autre en Wolof. Vous pourrez comprendre l’idée générale assez simplement à partir du refrain. Ils y parlent des sénégalais de l’extérieurs, partis travailler ou étudier, qui tiennent bon grâce aux souvenirs. Ils appellent au retour au pays, après avoir appris assez de l’extérieur. Ils rappellent à quel point il est doux d’être chez soi. Ces paroles et surtout ces magnifiques images m’ont motivée lors de mes révisions à Paris. Elles me motivent aujourd’hui, en me rappelant qu’inshaaAllah, je pourrai toujours revenir.

Alors voici mon « mood » du jour, en vous souhaitant un bon week-end.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. ELIAS Meron Nebiyu dit :

    Border Politics ! Always ! Your post is relatable Marième, keep up the good work 🙂

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  2. Safiètou Diouf dit :

    Bra off, hair up, sweats on and a good reading. Keep going 🙂

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